Guide du camionnage électrique

Publié le 4 mars 2025Propulsion QuébecProjet
Guide du camionnage électrique

Quels sont les impacts de l’électrification sur la gestion des talents et du personnel ?

L’électrification d’une flotte de camions ne repose pas uniquement sur des choix technologiques ou financiers. Elle transforme aussi les façons de travailler, les compétences requises et les dynamiques d’équipe. Trop souvent, les projets se concentrent sur les véhicules et les infrastructures, en sous-estimant un levier pourtant déterminant : le facteur humain.

Cette fiche vise à sensibiliser les organisations à l’importance de la gestion du personnel et des talents dans un projet d’électrification. Elle propose une lecture « cours 101 » des impacts RH, en montrant que la réussite du projet dépend autant de l’adhésion des employés, de la formation et de la gestion du changement que de la performance des camions eux-mêmes.

Martin Casaubon

Martin Casaubon

Vice-président Opérations, Les Emballages Carrousel

Jean-François Brossard

Jean-François Brossard

Directeur des technologies et innovations énergétiques, Location Brossard


Le facteur humain au cœur de la réussite du projet

Dans un projet d’électrification, le chauffeur est souvent l’acteur le plus déterminant. Martin Casaubon souligne que même le meilleur camion électrique n’atteindra jamais son plein potentiel si les habitudes de conduite ne s’adaptent pas. Un même véhicule peut offrir des autonomies très différentes selon le comportement du conducteur, au point d’accélérer l’usure de la batterie ou de réduire significativement la distance parcourue.

Jean-François Brossard renchérit sur ce point : offrir une formation adaptée aux bonnes pratiques de conduite électrique est essentiel. Au-delà de la technique, l’adhésion des chauffeurs et des équipes devient un facteur de réussite majeur. Sans compréhension, sans engagement et sans ambassadeurs à l’interne, un projet d’électrification peut rapidement devenir une source de frustration, voire d’échec.

À l’inverse, lorsque les équipes sont impliquées dès le départ, les bénéfices sont tangibles. Plusieurs opérateurs observent que, une fois l’électrique adopté, les chauffeurs ne souhaitent plus revenir en arrière. Le confort de conduite, la réduction des vibrations et la disparition des arrêts à la station-service modifient positivement le quotidien et contribuent à l’acceptation du changement.

Gérer la transition humaine, pas seulement la transition technologique

L’électrification des véhicules moyens et lourds représente plusieurs défis pour les organisations : notamment de développer les compétences humaines nécessaires à la conduite, à la maintenance et à la gestion de flottes électriques.

Les gestionnaires de personnel doivent composer avec un secteur déjà sous pression. Le transport et la logistique font face à une pénurie de main-d’œuvre persistante, tant pour les conducteurs que pour les métiers techniques. L’arrivée de l’électrique accentue cette pression en ajoutant de nouvelles exigences : compréhension des facteurs influençant l’autonomie, sécurité haute tension, gestion énergétique, utilisation de logiciels et de données télématiques, et bien plus.

Dans ce contexte, les pratiques de gestion du personnel traditionnelles doivent évoluer. Le recrutement, la formation, la fidélisation et la reconversion deviennent des leviers stratégiques. L’électrification n’impose pas de nouveaux métiers à proprement parler, mais elle transforme les compétences attendues dans des rôles déjà existants.


Les métiers concernés : une responsabilité partagée

« Un projet d’électrification touche bien plus de personnes qu’on l’imagine au départ. Les chauffeurs sont évidemment au cœur du changement, mais les gestionnaires de flotte voient aussi leur rôle évoluer vers un pilotage plus fin des opérations pour intégrer pleinement la dimension électrique. », souligne Martin Casaubon, vice-président Opérations chez Les Emballages Carrousel.

Les mécaniciens et techniciens doivent intégrer de nouvelles compétences, tout en continuant d’assurer l’entretien « poids lourd » classique. Les superviseurs et la haute direction jouent un rôle clé pour donner le ton, soutenir les investissements et légitimer les changements auprès des équipes.

D’autres métiers, parfois oubliés, doivent aussi être intégrés à la réflexion : les équipes de déneigement autour des bornes, les remorqueurs appelés à intervenir sur des véhicules électriques, les responsables SST ou prévention incendie, ainsi que les techniciens responsables des infrastructures de recharge. L’électrification est un projet d’organisation, pas seulement un projet de flotte.

Former pour sécuriser, rassurer et optimiser

La formation est l’un des piliers de la réussite. Pour les chauffeurs, il ne s’agit pas de repasser un permis, mais d’acquérir des réflexes spécifiques à la conduite électrique : gestion de l’autonomie et adaptation de la conduite, utilisation du freinage régénératif, interaction avec les bornes de recharge, anticipation des parcours, compréhension des interfaces énergétiques et respect des règles de sécurité liées à la haute tension.

La question de la sécurité incendie mérite aussi une attention particulière. Sans transformer les chauffeurs en experts, une sensibilisation est nécessaire pour reconnaître les signes d’un problème batterie, adopter les bons comportements et savoir quand évacuer et alerter les secours.

Du côté des mécaniciens, la montée en compétence est plus structurante. Les formations doivent couvrir la sécurité haute tension, l’électronique, le diagnostic des systèmes électriques, la lecture des données de batterie et l’utilisation des logiciels spécialisés.

Pour les gestionnaires de flotte, les besoins sont différents mais tout aussi critiques : compréhension de l’autonomie réelle, planification des recharges, interprétation des données télématiques et intégration de l’énergie dans la gestion quotidienne, sans oublier des capacités en gestion du changement.

« Chaque manufacturier offre des formations spécifiques liées aux véhicules électriques pour les mécaniciens, afin qu’ils puissent bien comprendre les particularités techniques et les procédures d’entretien propres aux véhicules. Des programmes de formation sont disponibles dans les établissements d’enseignement au Québec, mais suivre les formations offertes par les manufacturiers est souvent essentiel pour des raisons de maintien des garanties.

Pour les chauffeurs, une formation interne sur le fonctionnement de base du véhicule et les consignes de sécurité est généralement suffisante pour assurer une bonne prise en main. Je recommande également de suivre une formation en écoconduite, qui peut aider de façon significative à optimiser l’utilisation du véhicule et à améliorer l’autonomie de la batterie. Cela dit, l’essentiel ne réside pas dans la formation parfaite, mais dans une démarche continue d’apprentissage et d’accompagnement des équipes", estime Jean-François Brossard, directeur des technologies et innovations énergétiques chez Location Brossard.

Gestion du changement : créer des alliés et des ambassadeurs

Un projet d’électrification ne se « vend » pas uniquement avec des chiffres. Il se construit dans le temps, en impliquant les équipes, en expliquant les objectifs et en valorisant les gains concrets pour les employés. Identifier des alliés et des ambassadeurs à l’interne, qu’il s’agisse de chauffeurs, de superviseurs ou de mécaniciens, permet de diffuser les bonnes pratiques et de réduire les résistances.

Assigner une personne ou une équipe au projet, qu’elle soit interne ou accompagnée par des experts externes, facilite la coordination et la communication. Cette personne ou cette équipe devient le point de référence pour les questions, les ajustements et le suivi, évitant que le projet ne se dilue entre plusieurs départements.

En conclusion

L’électrification des flottes de camions ne bouleverse pas les métiers du transport, mais elle fait évoluer les compétences et les responsabilités. Les conducteurs doivent notamment intégrer une conduite écoénergétique et la gestion de l’autonomie, les mécaniciens montent en compétence sur la haute tension et l’électronique, les gestionnaires de flotte ajoutent la dimension énergétique à leur pilotage, et les équipes de gestion des bâtiments doivent conjuguer avec les bornes de recharge.

Le message central est clair : sans adhésion des employés, sans formation et sans gestion du changement, un projet d’électrification peut échouer, même avec la meilleure technologie. À l’inverse, lorsque le facteur humain est pris en compte dès le départ, l’électrification devient un puissant levier d’attractivité, de performance et de transformation durable pour l’organisation.

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