Véhicules électriques : ce que le Mondial de l’Auto de Paris révèle pour le Québec

Published on October 27, 2026Article

Du 12 au 18 octobre dernier, Alexis Laprés-Paradis, président-directeur général de Propulsion Québec, était présent au Mondial de l’Auto de Paris. En parcourant les kiosques de la cinquantaine de constructeurs automobiles présents, il a pu constater à quel point les modèles électriques et hybrides rechargeables occupaient désormais le devant de la scène, tandis que les modèles exclusivement à essence se faisaient beaucoup plus discrets.

Le spécialiste qui l’accompagnait[1] lors de la visite guidée résumait bien la situation : « Les véhicules électriques sont au premier rang, les thermiques sont cachés à l’arrière. »

Le véhicule électrique gagne du terrain sur le marché automobile français

Les salons de l’auto reflètent autant les ambitions des constructeurs que la réalité du marché. En France, les chiffres confirment que cette transformation dépasse les salles d’exposition. En septembre 2026, les voitures entièrement électriques ont représenté 41,7 % des immatriculations neuves en France, contre 6,4 % pour les hybrides rechargeables. Un seul mois ne fait pas une tendance, mais le cumul depuis janvier va dans le même sens, avec 31,4 % des immatriculations neuves pour l’électrique. Le véhicule électrique gagne du terrain sur le marché automobile français, et c’est le thermique qui en fait les frais.

Cette évolution s’observe aussi dans la façon de présenter les véhicules. Longtemps associée à l’avant-garde, aux silhouettes distinctives et aux premiers adeptes, la voiture électrique s’inscrit maintenant dans le quotidien des automobilistes. À Paris, plusieurs constructeurs cherchaient à rassurer et à séduire un plus large public en misant sur des formats familiers et des références historiques. La Renault 5 électrique en est un bon exemple, puisqu’elle remet au goût du jour un modèle emblématique de l’histoire automobile.

Une offre de véhicules électriques plus diversifiée et plus abordable

L’élargissement de l’offre contribue également à cette normalisation. La Geely E2, petite voiture urbaine, est annoncée à partir de 20 990 euros, avec une autonomie pouvant atteindre 345 kilomètres selon la version. Mesurées selon le cycle européen WLTP, ces autonomies ne se comparent pas directement aux valeurs canadiennes, mais ce modèle illustre bien l’arrivée de véhicules électriques plus abordables, pensés pour les déplacements courants.

Les politiques publiques influencent la concurrence et la production

Cette concurrence sur les prix s’inscrit dans un cadre réglementaire qui vise à soutenir à la fois l’adoption des véhicules électriques et le développement industriel. En France, l’aide à l’achat repose notamment sur un score environnemental qui intègre l’empreinte carbone liée à la fabrication et au transport du véhicule. Une bonification supplémentaire favorise les voitures et les batteries produites dans l’Espace économique européen. À cette approche française s’ajoutent les droits compensateurs européens visant les voitures entièrement électriques fabriquées en Chine.

Les stratégies industrielles des constructeurs évoluent en conséquence. BYD a choisi de construire une nouvelle usine en Hongrie. Le tandem Stellantis–Leapmotor a, de son côté, annoncé son intention de produire le B10 dans l’usine existante de Stellantis à Saragosse, en Espagne. Pour les constructeurs et les fournisseurs européens, cette dynamique soulève des questions de fond sur les partenariats industriels et les chaînes d’approvisionnement, dans un contexte de forte concurrence.

Au Canada, des leviers similaires pour soutenir l’adoption et l’industrie

Au Canada, la logique est comparable. Depuis février 2026, le Programme pour l’abordabilité des véhicules électriques offre jusqu’à 5 000 dollars pour un véhicule entièrement électrique admissible, fabriqué au Canada ou dans un pays partenaire de libre-échange. Le plafond de transaction de 50 000 dollars ne s’applique pas aux véhicules fabriqués au Canada. Parallèlement, Ottawa a instauré un contingent initial annuel de 49 000 véhicules électriques chinois pouvant entrer au tarif de 6,1 %. L’accès au marché et les programmes incitatifs sont donc deux leviers distincts pour concilier adoption et développement industriel.

L’arrivée de nouvelles marques soulève la question du service et de la durabilité

L’un des constats marquants de cette visite est aussi la forte présence des marques chinoises, qui représentaient près de la moitié des marques exposantes au Mondial. Cette multiplication des marques, combinée au rythme rapide de renouvellement des modèles, soulève des questions concrètes pour les consommateurs, notamment sur la disponibilité des pièces dans dix ans ou sur la continuité du service après-vente si certaines marques venaient à disparaître ou à fusionner. Dans un marché de masse, la confiance repose autant sur la durabilité, la fiabilité, l’autonomie et les technologies embarquées que sur les services et le prix.

Quelles leçons pour l’industrie des transports zéro émission au Québec ?

Les constats rapportés de Paris soulèvent une question centrale pour le Québec : comment accélérer l’adoption des véhicules électriques tout en développant une filière industrielle forte et durable ?

Le défi consiste à élargir l’offre, à stimuler la concurrence et à rendre ces véhicules plus abordables, tout en donnant à l’industrie québécoise les moyens de prendre pleinement part à la transformation du secteur automobile mondial. Cette transformation est déjà en marche, et elle n’attendra pas que nous soyons prêts.

Les tendances observées à Paris se jouent aussi dans les flottes, partout dans le monde, et le Québec n’a pas intérêt à rester derrière. Propulsion Québec invite donc les acteurs de l’industrie à poursuivre la discussion à Impulsion, le sommet des transports zéro émission, les 8 et 9 février 2027, au Palais des congrès de Montréal. Gestionnaires de flottes, fournisseurs et acteurs de l'écosystème s’y retrouveront pour une raison simple : passer au zéro émission avec les bons partenaires.

*Nos remerciements au fonds d’investissement Shift4Good, spécialisé dans la décarbonation des transports, pour l’invitation faite à Alexis Laprés-Paradis à cette visite guidée du Mondial de l’Auto à Paris.

Sources

[1] Nos remerciements au fonds d’investissement Shift4Good, spécialisé dans la décarbonation des transports, pour l’invitation faite à Alexis Laprés-Paradis à cette visite guidée du Mondial de l’Auto à Paris.

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