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Entrevue avec Keith Todd Kerman

Mobilité durable et sécuritaire : pleins feux sur la Ville de New York

La Ville de New York gère le plus grand parc de véhicules municipaux aux États-Unis. De la conversion énergétique à l’application de la Vision Zéro du maire Bill de Blasio, Keith Todd Kerman nous explique comment la Ville s’est positionnée comme chef de file en matière de pratiques environnementales et de sécurité routière.

Keith Todd Kerman est le directeur du parc de véhicules de la Ville de New York et le commissaire adjoint du Department of Citywide Administrative Services (DCAS).

 

Quel rôle jouez vous dans les efforts de durabilité du parc de véhicules municipaux de New York et dans la réalisation du plan pour le parc annoncé en décembre 2015 par le maire Bill de Blasio?

Le parc gère plus de 31 000 véhicules, c’est l’un des plus grands au monde. Nous avons plus de 2 000 employés à temps plein affectés au parc et à la répartition, en plus de nos quelque 80 000 conducteurs.

En vertu de la politique du maire pour un parc plus propre, la Ville s’engage à réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre de ses véhicules d’ici 2025. À cette fin, nous mettons en œuvre l’une des initiatives de durabilité les plus complètes des États Unis :

  • Nous exploitons actuellement 1 800 véhicules électriques et porterons ce nombre à 2 100 d’ici l’été. Nous avons déjà des berlines, des véhicules multisegments, des VUS et des fourgonnettes électriques, et nous sommes en voie d’avoir des autobus électriques, des voitures de police hybrides et des ambulances branchables.
  • Pour nos véhicules électriques de plus en plus nombreux, nous exploitons 575 bornes de recharge, dont 60 abris solaires mobiles. Ces équipements forment la plus grande infrastructure du genre en Amérique du Nord.
  • New York est une pionnière de l’utilisation de biocarburants aux États Unis, non seulement pour son parc, mais aussi pour ses immeubles municipaux. Tous nos véhicules, y compris ceux des services de police et d’urgence, consomment des mélanges de biocarburants. Nous travaillons maintenant à ajouter le diesel renouvelable aux biocarburants durables que nous utilisons, dans le but d’éliminer complètement notre consommation de diesel fossile.
  • Nous exploitons plus de 5 000 véhicules hybrides qui fonctionnent au gaz naturel et plus de 750 véhicules hors route électriques et solaires. D’ici la fin de 2019, plus de 20 000 de nos véhicules carbureront à une énergie propre.
  • Pendant l’exercice 2018, nos nouveaux véhicules utilitaires légers ont enregistré une économie moyenne de 100 milles par gallon, respectant la norme de l’Environmental Protection Agency des États Unis.



 

Le DCAS axe ses efforts de durabilité sur les services partagés. À cette fin, il a mis en œuvre, entre autres initiatives, le programme de partage de véhicules (Fleet Share Program). Pouvez vous expliquer brièvement la nature de ce programme et en quoi permet¬ il l’optimisation des capacités du parc?

Le parc de New York compte plus de 60 organismes et bureaux exploitants. Les principaux, qui forment la Fleet Federation, sont les services de police (NYPD), d’incendie (FDNY), d’assainissement (DSNY), des transports (DOT), de la protection environnementale (DEP), des parcs (Parks), correctionnels (DOC), de la santé et de l’hygiène mentale (DHMH), de taxis et de limousines (TLC), de gestion des urgences (OEM), de l’éducation (DOE) et administratifs (DCAS).

Le partage des services est l’une de nos priorités; notre initiative de consolidation et de partage des services est d’ailleurs l’une des plus importantes du secteur. Chaque jour, des organismes (NYPD, DSNY, Parks, DOT et DCAS) utilisent et entretiennent les véhicules d’autres organismes, contribuant ainsi à décloisonner les services et à réduire les coûts pour tous. À titre d’exemple, le DCAS a aidé l’an dernier à l’entretien de 1 000 véhicules de la NY Housing Authority.

En mars 2019, le maire a signé le décret 41, qui poussera encore plus loin le partage des services, mais aussi le suivi de l’utilisation des véhicules et les efforts de réduction des coûts.

Le décret impose au parc de réduire de 1 000 le nombre de ses véhicules, et de 10 millions ses milles parcourus. Nous utiliserons la télématique de pointe pour suivre l’utilisation des véhicules au quotidien et établirons une norme minimale d’utilisation de 80 % pour l’ensemble du parc. Nous chercherons des façons de diminuer notre utilisation des véhicules, par exemple par l’utilisation du métro, de réduire le nombre de déplacements et de modifier les trajets pour améliorer l’efficacité du réseau.

À mon sens, notre initiative la plus porteuse est notre programme de partage des véhicules. Divers organismes se partagent plus de 750 de nos véhicules grâce à la technologie Zipcar. Les employés ont des cartes, et non des clés, et réservent les véhicules en ligne, comme ils le feraient pour une salle de conférence. Ce système nous permettra d’augmenter notre efficacité, de réduire nos coûts et de nous concentrer sur les besoins en transport, plutôt que sur l’affectation de véhicules à des employés.

Dans cette optique, le DCAS a aussi mis en circulation plus de 60 Bolt pour le partage entre organismes. Ces véhicules comptent maintenant parmi les plus utilisés du parc. Nombre d’entre eux sont d’ailleurs rechargés par nos abris solaires.

Des véhicules tout électriques partagés, rechargeables à l’énergie solaire, rien ne représente mieux le parc de demain. Et nous les avons aujourd’hui!



 

Quel est le rôle du DCAS dans la réalisation de la Vision Zéro du maire? Quelles mesures concrètes sont prises pour améliorer la sécurité du parc municipal?

New York est devenue un chef de file de la sécurité routière grâce au maire et à son initiative Vision Zéro. Le parc y collabore avec l’équipe Vision Zéro, composée de membres du DOT, du NYPD, de la TLC, du DHMH, de la Business Integrity Commission et du cabinet du maire.

Les rues de la ville sont plus sûres que jamais. Nous avons adopté la Vision Zéro après consultation de nos partenaires internationaux, vision qui est devenue un modèle national. Mais nous ne nous arrêterons pas là : nous voulons faire plus.

La Vision Zéro compte plusieurs volets, nommément la conception routière, l’application de la loi, la surveillance de la santé et la sécurité du parc, priorité du DCAS et de la TLC. Nous travaillons de sorte que notre parc soit le plus sûr et le plus durable des États Unis.

Voici quelques unes de nos initiatives :

  • Nous avons formé à ce jour plus de 50 000 de nos employés à la Vision Zéro et à la conduite sécuritaire.
  • Nous ajoutons la télématique à tous nos véhicules afin de pouvoir surveiller la vitesse, le port de la ceinture, les habitudes de conduite et les virages à gauche en temps réel à notre nouveau centre de contrôle.
  • Nous travaillons avec le Volpe Center du ministère des Transports au plan de transition (Safe Fleet Transition Plan) afin de nous assurer que les spécifications et la conception de nos 160 modèles de véhicules garantissent le plus haut niveau de sécurité possible.
  • Nous sommes les pionniers en Amérique du Nord pour l’ajout de protecteurs latéraux à nos camions et avons récemment annoncé que nous passerons aux camions à haute visibilité. Ces initiatives découlent de partenariats internationaux.
  • Nous incitons notre secteur à faire la part entre la sécurité et le luxe dans la vente et la commercialisation des véhicules.
  • Nous interdisons l’utilisation des téléphones mains libres à nos conducteurs : la distraction tue.
  • Nous travaillons avec le DOT de New York, avec l’appui du DOT des États Unis, à l’intégration de la technologie véhicule-véhicule et véhicule-infrastructure.

Nous croyons que la conception de nos systèmes est aussi essentielle à la sécurité routière que l’est la conception des routes. Grâce à la technologie véhicule-véhicule et véhicule-infrastructure, nos véhicules et nos systèmes communiquent mieux, ce qui a le potentiel d’améliorer énormément la sécurité à long terme. Des voitures qui parlent entre elles. L’infrastructure qui parle aux voitures. L’objectif? Prévenir les collisions en temps réel et assurer la sécurité des conducteurs, des cyclistes et des piétons.

Ces efforts ne sont pas vains. Le nombre de décès et de collisions par mille est en nette baisse. Mais nous avons encore beaucoup de pain sur la planche.

Quels projets et quelles idées novatrices peut on attendre du DCAS dans les prochaines années?

Nous avons récemment créé le Bureau de suivi en temps réel du parc, le FORT (Fleet Office of Real Time Tracking). Depuis l’hôtel de ville, ce bureau agit un peu comme une tour de contrôle, surveillant les activités du parc. Cette initiative nous aidera à améliorer la sécurité, à réduire le nombre de collisions et à y réagir, à mieux mesurer les économies de carburant, à étudier l’utilisation du parc et bien plus.

Le FORT servira aussi d’outil commun à nos 60 bureaux clients offrant des services directs au public et aidera la Ville à gérer les urgences majeures. Après plusieurs années de préparation, il est enfin opérationnel et nous aidera au cours des prochaines années à repenser l’utilisation et l’entretien de nos véhicules.