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Entrevue avec Philippe Saint-Vil

La Ville de Montréal: un joueur incontournable dans le virage énergétique

Dans sa Politique verte du matériel roulant 2016-2020, la Ville de Montréal a fait de l’électromobilité sa priorité, prévoyant notamment remplacer 250 véhicules en fin de vie utile par des véhicules 100% électriques. Nous nous sommes entretenus avec Philippe Saint-Vil au sujet de cette conversion énergétique, et de la manière dont la Ville entend se positionner comme leader nord-américain en matière d’électrification des transports.

Philippe Saint-Vil est chef de division – planification et soutien aux opérations au sein du Service du matériel roulant et des ateliers de la Direction générale adjointe aux services institutionnels de la Ville de Montréal.

Alors que 2020 est à nos portes, où en est la Ville dans l’atteinte de son objectif?

Depuis l’adoption de notre dernière politique en 2016, 210 véhicules entièrement électriques ont été acquis, soit un taux de conversion de 84% par rapport à la cible fixée. À raison de 20 véhicules de plus par année en 2019 et en 2020, l’objectif sera vraisemblablement atteint, voire dépassé à la fin de l’année 2020. En excluant les véhicules du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), c’est, à terme, le tiers du parc d’automobiles sous-compactes de la Ville qui sera remplacé.

Quels sont les enjeux entourant la conversion énergétique du parc de véhicules de la Ville de Montréal?

Compte tenu de l’impact des changements climatiques et de la nécessaire transition écologique, les enjeux sont d’abord et avant tout environnementaux. Le secteur du transport représentant à lui seul 40% de la production de gaz à effet de serre (GES), la conversion énergétique est donc une solution crédible. Les enjeux sont aussi infrastructurels, qu’on pense à l’implantation des bornes de recharge dans certains arrondissements qui louent leurs bureaux administratifs à des sociétés immobilières. Les terrains n’appartenant pas à la Ville, l’installation de bornes présente certaines particularités dont il faut tenir compte. D’autres enjeux encore sont d’ordre technologique, notamment avec l’arrivée sur le territoire de la Ville de Montréal de bornes de recharge rapide. Ils sont enfin économiques et sociaux, car une véritable filière de l’électrification est en train de se développer au Québec.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de l’intégration de véhicules tout électriques à votre parc automobile?

La difficulté la plus fréquente était liée à l’autonomie des véhicules électriques et à la perception qu’en avaient les employés de la Ville. À titre d’exemple, nos données d’utilisation indiquaient que 95% des automobiles sous-compactes municipales affichaient un kilométrage moyen de 23 kilomètres par jour, à l’exception des véhicules des agents de stationnement. Avec une autonomie de 120 kilomètres à l’époque, même en contexte de grand froid (où la perte d’autonomie se situe entre 40 et 50%), il était peu probable qu’un véhicule 100% électrique ne réponde pas aux besoins opérationnels. Pourtant, nous avons dû mettre sur pied des projets pilotes afin de vaincre une certaine résistance chez les clients et les utilisateurs. La gestion du changement a donc été au cœur de notre démarche, et ce, dès le début. Il faut aussi souligner que la stratégie d’électrification n’a jamais été imposée aux différentes unités d’affaires afin de ne pas compromettre leurs besoins opérationnels. Lorsqu’un projet ne s’avérait pas concluant pour un service donné ou qu’il présentait des risques potentiels, nous avons décidé de ne pas le poursuivre.

Parlez-moi de l’entente intervenue entre la Ville de Montréal et la Ville de New York quant au prêt, par Montréal, de trois prototypes 100% électriques. Quels sont les objectifs de cette entente, et quels sont les avantages anticipés?

La Ville de Montréal se veut un modèle en Amérique du Nord en matière d’électrification des transports. Dans cette perspective, nous partageons continuellement nos expériences et bonnes pratiques avec les villes qui, comme nous, se sont engagées dans cette transition. Mais nous voulons aller plus loin, notamment dans nos efforts de collaboration, par le prêt de prototypes entièrement électriques à d’autres villes nord-américaines. Par ailleurs, on ne peut pas occulter la question des retombées économiques et sociales de la conversion énergétique. Le Québec se positionne de plus en plus comme un joueur incontournable. Le prêt à la Ville de New York de prototypes conçus et développés au Québec offre une vitrine exceptionnelle aux entreprises d’ici.

À titre d’exemple, la compagnie Madvac, installée à Longueuil, a conçu et développé une voiturette aspirateur 100% électrique, la première en Amérique du Nord. Lorsque nous avons approché la Ville de New York, l’intérêt a été immédiat. Nous sommes actuellement en train d’effectuer les derniers tests de rodage, et prévoyons une mise en service en mai prochain. L’idée est de positionner les deux villes comme leaders en électrification des transports et de promouvoir leur collaboration. Les véhicules seront d’ailleurs dotés d’une signature visuelle commune. Si la Ville de New York s’avère intéressée, cela pourrait renforcer l’expansion de Madvac et contribuer à la création de nouveaux emplois, ce qui constituerait une retombée économique importante pour la région métropolitaine de Montréal.

L’enjeu climatique étant par ailleurs l’affaire de tous, nous voulons influencer les autres villes à prendre le virage de l’électrification.

Outre les automobiles sous-compactes, quels autres types de véhicules municipaux pourraient être visées par l’électromobilité?

Le Service du matériel roulant et des ateliers, qui est responsable de la gestion véhiculaire de la Ville de Montréal, opère une veille stratégique tous azimuts. Mais nous cherchons aussi à favoriser le développement de nouveaux produits en fonction des besoins. Il nous arrive donc de solliciter des fournisseurs, des sous-traitants, des centres de recherche ou des institutions universitaires. Outre les voiturettes aspirateurs déjà mentionnées, nous aurons bientôt des voiturettes de parc 100% électriques, mais aussi des vélos dans le cadre d’un projet pilote avec le SPVM. Nous pensons également à la possibilité d’acquérir des tracteurs et des motoneiges pour le Service des grands parcs, du Mont-Royal et des sports. Cinq projets de ce type sont présentement à l’étude.

Quel bilan faites-vous de ce projet d’électrification des transports? Et quelles sont les perspectives d’avenir?

Comme vous avez pu le constater, le bilan, qui est déjà très positif, s’annonce prometteur pour les années à venir. La Politique verte du matériel roulant 2016-2020 arrivant prochainement à terme, nous proposerons au cours des mois à venir les grandes lignes de la nouvelle politique 2021-2025, dont les orientations finales restent toutefois à être approuvées par nos élus. Nous souhaitons évidemment poursuivre l’électrification du parc municipal de la Ville de Montréal, mais aussi opérer une veille sur les véhicules et les équipements pouvant être mus par d’autres types d’énergie. Un important dossier à suivre, donc.